

Chaque société humaine possède sa propre culture qui cherche à la distinguer des autres et admet, plus ou moins en son sein, l'existence de toutes les sous-cultures.
« La culture régit chaque aspect de notre vie et, comme la plupart des gens, nous n’en sommes pas vraiment conscients. Si on vous demandait de la définir, vous avanceriez probablement la musique, la littérature, les arts visuels, l’architecture ou le langage et vous n’auriez pas tort. Cependant, vous n’auriez pas entièrement raison non plus. En effet, les produits culturels que nous percevons avec nos cinq sens ne sont que les manifestations de ce que signifie vraiment la culture — ce que nous faisons, pensons et ressentons... » Patrimoine Canada
« La culture est enseignée, acquise et partagée — il n’existe pas une culture propre à chacun. Et pourtant, la culture n’est pas monolithique — les personnes existent différemment au sein d'une culture. Elle est en fait symbolique. La signification est attribuée aux comportements, aux mots et aux objets, et cette signification est objectivement arbitraire, et subjectivement logique et rationnelle. Une maison, par exemple, est une structure physique, un concept familial et une référence morale, distincte selon la culture. La culture est cruciale, car elle permet à ceux qui partagent une culture semblable de communiquer les uns avec les autres sans avoir besoin de discuter de la signification des choses à tout instant. La culture s’acquiert et s’oublie, aussi, malgré son importance, nous sommes généralement inconscients de son influence sur la façon dont nous percevons le monde et dont nous interagissons dans celui-ci. La culture est importante, car lorsque nous travaillons avec les autres, elle est à la fois un recours et un frein dans notre capacité de travailler avec les autres et de les comprendre. » D'aprés la même source.
Dans sa riche diversité, la culture a une valeur intrinsèque aussi bien pour le développement que pour la cohésion sociale et la paix.
La diversité culturelle est une force motrice du développement, pour ce qui est de la croissance économique et comme moyen de mener une vie intellectuelle, affective, morale et spirituelle plus satisfaisante. Elle représente un atout indispensable pour atténuer la pauvreté et parvenir au développement durable, grâce notamment au dispositif normatif, aujourd’hui complet, élaboré dans le domaine culturel.
Parallèlement, la reconnaissance de la diversité culturelle - par une utilisation novatrice des médias et des technologies de l’information et de la communication (TIC) en particulier - est propice au dialogue entre les civilisations et les cultures, au respect et à la compréhension mutuelle.
"Promouvoir la diversité culturelle qui est un patrimoine commun de l’humanité et son corollaire, le dialogue, constitue un véritable enjeu dans le monde d’aujourd’hui". Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle, 2001.
Cependant, étant donné le contexte mondial actuel, le développement personnel et l’intégration sociale des jeunes individus au Tchad, en Afrique ou ailleurs seraient orientés définitivement par le système de l’éducation nationale. Celle-ci est, en principe, encadrée par des initiatives liées à la constitution culturelle et à la structure fondamentale d'une nation. Elle aurait donc un aspect national, régional ou local dans certaines mesures. Au fil du temps, un tel aspect servirait à promouvoir les valeurs culturelles nationales et plus encore il circonscrirait techniquement les effets pervers de l’inévitable internationalisation.
Dans la Déclaration de Jomtien, il est écrit et je cite : « Le champ des besoins éducatifs fondamentaux et la manière dont il convient d’y répondre varient selon les pays et les cultures et évoluent inévitablement au fil du temps.»
Au cours des dernières décennies, les peuples deviennent de plus en plus conscients de l’existence d’une interaction davantage forte entre les pays, influencée par l’évolution technologique, technique mais aussi l’ultime partage des idées transmis par une multitude de dispositifs de communication. C’est le phénomène qu’on le désigne sous le nom de mondialisation, globalisation ou internationalisation. Théoriquement, cette globalisation n’est pas de la nouveauté, elle a vu le jour en même temps que les premières aventures de l’homme sur cette planète. Seulement, depuis le boom industriel en occident, elle s’est vue s’accélérer au même rythme que les progrès scientifiques. L’une de ses caractéristiques est le trafic libéral de l’information et du savoir qui permettent le changement et en même temps, ils le rendent attrayant et nécessaire pour les humains malgré ses effets pervers qui martèlent les sociétés en développement.
Cependant, sachant ultimement que le phénomène de mondialisation franchit toutes les barrières nationales malgré les résistances, il nous incombe à présent de le comprendre mieux et s’y adapter en fonction des outils qui sont à notre portée; Autrement dit les diverses ressources et les capacités, que chaque nation dispose. Ces outils ne sont pas nécessairement des acquis naturels, c’est important de le souligner car ils pourraient être essentiellement les résultats d’un bon fonctionnement du système de l’éducation d’un peuple.
L'échec de transfert des connaissances et techniques de l’occident en Afrique
Le système de l’éducation étouffe l’expansion de la culture nationale dans certains états africains; Est-t-il normal? Dans un ouvrage édité par l’UNESCO sur le développement et les transferts des connaissances, l’auteur écrit :
« Que serait un transfert de connaissances qui viserait ou conduirait à étouffer la culture, de ces groupes ou de ces peuples, à les normalisant en leur imposant un modèle ou des systèmes conçus et élaborés par une élite ou une nation dominante? Ce fut le travers de la colonisation. De nos jours, le danger est identique : sous couvert de donner aux groupes, régions ou pays défavorisés les moyens de se développer en sorte qu’ils puissent assurer la subsistance et un relatif bien-être à l’ensemble de leurs ressortissants ou de leurs habitants, on leur apporte des modes de vie, des techniques et des impératifs économiques qui aboutissent à stériliser leurs traditions, à les enfermer dans un nouvel état de dépendance, à les empêcher d’entrer de plein droit dans le concert des nations et d’y manifester leur génie propre. »
A nos jours, cela représente, malheureusement, l’orientation générale des transferts des connaissances et des techniques envers les nations les moins avancées. Pourtant, l’impact de ce transfert génère des conséquences très négatifs voire dévastateurs notamment dans les sociétés d’Afrique subsaharienne.
Évidemment ce qui apparaît lourd de conséquences, en l’occurrence, c’est l’introduction de la rationalité scientifique dans des sociétés qu’on a toujours qualifiées de traditionnelles. Au sein de ces sociétés, les valeurs et les modes de comportements sont désignés souvent comme marqués par un manque de rationalité.
La rationalité scientifique est introduite de l’extérieur et appuyée par certaines normes de la société, elle devient alors la cause principale de la destruction de certaines valeurs nationales ou régionales. Au bout du compte, c’est une domination destructrice des savoirs traditionnels qui s’installe dans des sociétés très fragiles et qui sont à l’affût du secret scientifique de modernisation absolue. Cependant, cette rationalité a double tranchant; D'une part, elle s'assimule en se transformant en un parfait concept qui s’harmonise non pas seulement avec les appareils économiques ou politiques et d'autre part, elle polarise et génère des caractéristiques fortes qui offusque voire éliminer la culture autochtone.
Dans ces sociétés africaines en général et au Tchad en particulier, le vide de la pensée sur le développement social s’explique, à prima bord, par le manque des ressources scientifiques et humaines capables de soutenir un véritable projet de développement durable. Depuis des décennies, les pays occidentaux proposaient, de leur coté, des modèles dits rationnels de développement et offraient également une panoplie complète des moyens techniques et scientifiques du développement social. À priori, il s’agissait donc pour les sociétés sous-développées, à la fois, de réussir à capter ces moyens les adopter et les mettre en œuvre. En pratique, c’est ce qu’elles font depuis leurs indépendances, sauf en réalité, les résultats qui en découlent sont souvent déficitaires dans la plupart des nations africaines en particulier le Tchad à cause de leur inadaptation.
Les faux discours
Évidemment, le discours occidental sur le développement social ne se limite pas seulement aux objectifs de ses promoteurs, on sous-entend dans la visée même de ce discours que la modernisation serait assimilée à l’occidentalisation des structures économiques, sociales, politiques et même culturelles des pays sous-développés. Cela nous fait rappeler le traditionnel discours tenu par l’Occident, avant l’indépendance, vis-à-vis de ses colonies. Un discours qui ne semble pas réussi visiblement.
Par ailleurs, on aurait tort cependant de croire que cette modernisation est un discours tenu uniquement par les experts occidentaux en développement des différentes organisations et qui témoignent de la professionnalisation et du savoir sur la question. Un tel discours est repris et baillonné par des agents internes de la société africaine pour qui le meilleur exemple empirique de modernisation est incontestablement l’occident.
On est cependant resté accroché constamment aux beaux vieux discours qui, en réalité, ne puisent pas leurs sources des vertus ou des raisonnements scientifiques. Par ailleurs, ils sont encore valables dans la majorité des pays en développement. Car ils apparaissent à leurs yeux comme étant de propos rationnels. Cela dit, pour eux, la modernisation n’est autre que l’application des critères d’origine occidentale dans l’évaluation, non pas seulement, des institutions mais aussi des valeurs et des modes de comportement dans les sociétés les moins avancées.
Ce faisant, on peut dire que ce genre de définition de modernisation initialement définie à l'occidental a raté de saisir le vrai problème de sous-développement. On pourrait cependant se demander si ce discours n’est pas un instrument de domination créé par la droite capitaliste occidentale.
Le développement social qui conduit, divinement, à la modernisation doit être une manifestation sociale interne caractérisée par des évaluations et des valeurs locales propres. Or l’endoctrinement de la colonisation ne permet pas de discerner la complexité des rapports entre la dynamique interne et externe dans les sociétés africaines. Et en l’occurrence, il rétrécit manifestement la marge d’initiative et de créativité nationale en vue d’adapter un autre type de développement.
L'application de la théorie du développement assimilé à la croissance a engendré la pauvreté de masse et des nombreuses distorsions sociales et culturelles dans les sociétés les moins avancées notamment au Tchad.
Promouvoir le développement endogène
Dans sa réflexion sur le rôle de la culture dans le développement, l’UNESCO a mis particulièrement l’emphase sur des études et des recherches très exhaustives. La notion de dimension culturelle s’avère être une nécessité fondamentale dans le domaine de développement social. Mais c’est avec l’élargissement et l’approfondissement de la notion de culture comme le fondement, le moteur et la finalité du développement, à Mexico en 1982, que la culture devient déterminante pour imprégner l’ensemble des activités théoriques et pratiques de l’UNESCO. À cet effet, elle est amenée peu à peu à élaborer et à promouvoir le développement endogène qui est plus axé sur les valeurs culturelles traditionnelles.
Cela dit, l’échange ou transfert de connaissances entre sociétés et cultures différentes a toujours existé et par ailleurs a contribué aux transformations de beaucoup de sociétés sur la planète. Il en est de même de nos jours, avec des caractéristiques particulières qui orientent ce transfert de manière unidirectionnelle avec à terme l’affaiblissement des savoirs endogènes dans les sociétés réfractaires. On constate, par ailleurs, dans plusieurs pays une polarisation émergente entre les cultures émettrices et les cultures réceptrices, cela se traduit par une inégalité et non pas une diversité entre deux cultures. Son corollaire s'explique par l’imposition d’un certain type de savoirs et de connaissances modernes, rationnels et scientifiques sur les autres types de savoirs et des connaissances dits traditionnels, irrationnels et non-scientifiques.
Toutfois, les connaissances transférées ne sont aucunement reliées aux conditions socio-historiques, géographiques, philosophiques ou épistémologiques des sociétés accueillantes. On leur accorde, à priori, une vocation universelle parce qu’on leur reconnaît une validité scientifique et transculturelle. Elles tendent à renforcer méthodologiquement un lien de dépendance régulière dans tous les domaines surtout culturel. Elles s’interdisent tout autre processus d’adoption ou d’assimilation conjointe et limitent, en fin de compte, toute créativité endogène locale. Car elles apparaissent comme étant les théories structurantes les plus dynamiques du processus d’élaboration des connaissances. Aussi, à travers elles s’articulent les connexions entre les groupes dominants et les discours dominants à l’échelle géopolotique internationale. Quant au niveau nationale, les élites locales et nationales renforcent, à leur tour, la spéculation de la structure Nord-Sud inculquée idéologiquement dans leurs esprits.
Cependant, on aurait, une fois encore, tort de croire qu’un tel transfert soit imposé de l'intérieur ou de l'extérieur. Faudrait-t-il rappeler qu'il est, le plus souvent, assumé par certaines élites locales ou nationales qui transforment les connaissances nouvelles acquises en instrument de leur propre stratégie de développement et de domination vis-à-vis des autres groupes sociaux. Il faut bien comprendre que l’État en Afrique se veut être le principal promoteur du développement. Mais cet État, loin d’avoir fait table rase de la structure socioculturelle coloniale, a été pris au piège de l’apparente capacité des sociétés occidentales, et paraît incapable de résoudre le problème de développement culturel et de l’intégration nationale.
En rétablissant le questionnement fondamental sur la finalité du développement, on perçoit la nécessité de définir la notion du développement. Ce faisant, tout développement commence par l’intérieur, il est dû endogène quand il signifiait avant tout l’intégration de la culture comme dimension et finalité essentielles au progrès. Cependant, l'établissement de la structure du développement d'un peuple doit passer par la prise en considération de l’endogénéisation des valeurs communes et l’identité culturelle. La vision politique doit être basée sur fond de projets de développement interne électrisé par la participation collective qui transformerait la population de spectateurs en acteurs de leur propre développement social.
C'est pourquoi nous avons proposé conjointement un projet sur l'éducation de masse au Tchad.
Nous pensons aussi que la promotion de la culture nationale est un préalable à tout concept de développement. Dans un rapport de l’UNESCO, « Examen et Évaluation de l’application de la stratégie internationale du développement », il est écrit :
« C’est dans la culture, en effet, que le développement trouve son impulsion fondatrice, dans les besoins et les aspirations des individus comme des collectivités, dans les fins qu’elles s’assignent et dans les projets qui les concrétisent. Le choix même des stratégies de développement et des moyens de leur mise en œuvre, les systèmes de valeur qui sont à l’origine de ces choix, les modes de production et de consommation qui en résultent, sont, par nature éminemment culturels. Ainsi, pourrait-on dire qu’entre culture et développement, il existe une sorte d’homologie: la culture est comme la matrice du développement, celle qui donne unité et cohérence à son déploiement à travers les projets des peuples. »
La culture est, avant tout, le fondement essentiel du développement endogène. Comme fondement et finalité du développement, il est donc certain que la culture confère au développement social de chaque communauté et de chaque peuple un style particulièrement spécifique. Cependant, il n’existe donc pas de voie unique au développement acquise aux intérêts et aux valeurs de l’Occident. Même si cette voie semble être assumée par une minorité au sein des sociétés en développement. La diversité des cultures constitue donc la réponse la plus pertinente et la plus synthétique au discours unificateur du développement tel que défini à l’aube de XXIème siècle.
L’identité culturelle est un principe dynamique qui permet à une société de se transformer sans perdre son origine et de s’adapter au changement sans s'y aliéner en poursuivant le processus selon une dialectique adéquate conciliant la tradition et la nouveauté, le patrimoine et l’innovation. Par ailleurs, elle ne peut être que soumise au changement ou à la mutation. La véritable question qui se pose n’est pas de savoir quelle partie de l’identité culturelle doit être sauvegardée contre l’idéologie de l’extérieur. L’important et de savoir quel type de changement fondé sur l’authenticité rendra cet impact impuissant.
Pour ce faire, la valorisation de la culture nationale joue, préalablement, un rôle déterminant dans le décollage des sociétés traditionnelles. Elle permet à tous les membres de la nation-culture de s’afficher et de participer aux projets communs de développement social. Car la participation de tous les individus, à un processus de changement, à l’intérieur d’une société est vertueusement capitale. Elle n’est pas seulement la condition fondamentale de toute action de développement social mais sa finalité même, puisqu’elle constitue le garant de la diversité et du style de développement adapté au contexte propre à chaque nation ou chaque communauté.
L'identité culturelle est aussi et avant tout un processus social par lequel le projet de développement s’enracine dans le fond et s’imprègne des valeurs spécifiques de cette profondeur. Il ne peut y avoir de véritable révolution au détriment de la culture car ce sont les valeurs culturelles qui lui confèrent un sens. Chaque société doit suivre son processus d’évolution à travers ses propres valeurs car il n’existe pratiquement pas une voie unique de développement.
Quelle stratégie faut-t-il adopter afin de favoriser les valeurs endogènes? L'État seul est le spéculateur stratégique quant à la promotion d’un développement culturel ou autre. Ce faisant, les politiques éducatives du gouvernement, dans les pays en développement comme le Tchad, auraient dû être, en principe, orientée vers l'unité et la révolution culturelle. En revanche, l'État est encore soumis non pas seulement aux manifestations des conflits politiques et de pouvoir mais aussi aux affrontements sérieux entre les cultures. Une telle situation exige une analyse pluridisciplinaire qui permettrait de cerner les grands enjeux de la culture et enfin promouvoir la véritable institution qui sert à remédier à ces crises sociales.
Pour l’UNESCO, «… Il s’agit de penser le développement à partir d’autres repères, c’est à dire d’envisager (…) l’éducation (…) en termes de valorisation culturelle… »
Nous savons que le transfert de connaissances scientifiques en provenance de l’occident a échoué dans la plupart des sociétés africaines. Il n’a pas permis non plus l’édification de la structure sociale adéquate sur laquelle serait fondé un processus de développement durable. Visiblement les sociétés africaines semblent réfractaires malgré la bonne ou mauvaise volonté des dirigeants locaux et le concours des organisations mondiales engagées de bonne foi sur la question de développement social.
Aujourd’hui, tous les experts en développement international, les anthropologues et les sociologues sont unanimement d’accord sur une question qui est à savoir le développement endogène. Par ailleurs, celui-ci ne serait possible que si on mettait assidûment toute l’emphase interne et externe sur la promotion de la culture nationale. Cependant, la promotion de la culture nationale ou locale doit passer formellement par des institutions telle que l’Éducation Nationale car ce que cette institution peut offrir aucune autre ne pourra le garantir. Une société civilisée et organisée est sensée, avant tout, s’engager soucieusement dans l’éducation de ses enfants, cependant, elle doit prioriser définitivement cette perspective.